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C'est l'œil qui pense qui résiste…
Sur une pièce d'identité, on trouve un nom, un prénom, une date
et un lieu de naissance, une photographie, une énumération de certains
traits physique et signature. Sur un passeport, on y trouve en plus
des visas et des tampons de polices des frontières des pays visités.
Sur ces deux documents officiels, on devrait y indiquer également
l'ensemble de nos appartenances…Les tampons et les visas ne seraient
alors plus utiles. |
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Mon
appartenance est multiple. Algérien certes, j'en ai conservé
une forme de vie et une langue riche mais non reconnue à
ce jour par le pouvoir : le dialecte algérien. De culture
arabo-musulmane, ce qui constitue pour moi un repère géopolitique
indéniable. Berbère aussi, mais cette fois de la région
des Aurès, dont j'ai hérité la culture des
montagnes. Occidental bien évidement, ou j'ai assimilé
la pensée cartésienne, une forme de modernisme peut-être.
Aujourd'hui, je vis en France.
Autant
d'espoir et d'ouvertures vers d'autres horizons. C'est toute cette
diversité qui m'aide à réfléchir à
mes films.
Mais
de part et d'autre, je me retrouve confronté à bien
des contradictions, à bien des diktats. L'Occident m'encourage
à créer, mais subventionne de préférence
les films qui répondent à ses critères et à
ses fantasmes. De l'autre côté de la mer, l'Algérie,
mon pays, voudrait me dicter sa pensée nationaliste et idéologique.
Il
m'incombe alors d'affirmer mes diverses appartenances, de reconnaître
mes territoires. Mais il me faut les confronter, les croiser, les
fusionner parfois, les remettre même en question, avant de
porter un nouveau regard, de construire une nouvelle pensée,
mixte, multiple et au final peut-être plus riche.
Beaucoup
de mes titres de films sont au pluriel, pour montrer la pluralité
des voix qui existe en Algérie. Parfois des parenthèses
aussi. Pour montrer la cohérence des choses, l'indivisibilité,
la cohésion de ce peuple, même si certains ont toujours
voulu diviser pour mieux régner. "
"Mon
identité, c'est ce qui fait que je ne suis identique à
aucune personne", écrit Amin Maalouf. |